• Annik Côté

Les conséquences de l’obésité : un autre angle de réflexion

Dernière mise à jour : 23 nov. 2021


Par Annik Côté
NOVEMBRE 2021
 

L’obésité est une problématique bien plus complexe que ce qu’elle peut laisser paraître. Les conditions socio-économiques, le niveau de scolarité, la génétique, la présence d’obésité dans la famille, les habitudes de vie et le lieu de résidence de la personne sont tous des facteurs qui peuvent expliquer l’augmentation du taux d’obésité dans notre société. (1) L’environnement dans lequel nous vivons est un facteur trop souvent oublié. Pourtant, notre milieu de vie (quartier, ville, etc.) est déterminant pour notre santé et peut influencer certaines de nos habitudes de vie. Globalement, il est possible de constater une augmentation des environnements qui accroit le risque d’obésité. Ces milieux ont tendance à favoriser la consommation d’aliments riches en sucre et en gras (2) et limitent parfois les opportunités de bouger à cause de l’étalement urbain. (3-4)


Voici quelques exemples concrets :

  • Il est souvent moins coûteux d’acheter des aliments transformés que d’acheter des aliments frais (ex : légumes et fruits). (5)

  • La malbouffe est facilement accessible et, sans s’en rendre compte, la grosseur des portions a augmenté au fil des années. (2)

  • Les déplacements actifs (à pied ou à vélo) ne sont pas toujours possibles à cause des grandes distances qui séparent la maison du travail, de l’école ou des services et parfois, les déplacements actifs ne sont pas sécuritaires. (3-4)

Les milieux de travail ont aussi connu de grands changements dans les dernières décennies. La robotisation des chaînes de travail en est un exemple. Les emplois actifs sont moins nombreux, ce qui a pour effet d’augmenter le temps de sédentarité de la population (ex : être assis de façon prolongée pendant les heures de travail). (2)

Bien que les conséquences de l’obésité sur la santé physique des personnes soient souvent abordées, on discute moins de ses conséquences psychologiques et sociales. L’obésité peut amener les personnes à vivre de la stigmatisation ou être la cible de moqueries. (6)

La stigmatisation se manifeste lorsqu’une personne obèse est victime de préjugés, d’attitudes négatives ou de discrimination. Elle peut survenir dans toutes les sphères de la vie de la personne : au travail, à la maison, à l’école, etc. (7) On appelle « grossophobie » la stigmatisation en lien avec la grosseur du corps d’une personne. (12)

Le fait de penser qu’une personne est obèse parce qu’elle mange trop et mal, ou qu’elle ne bouge pas assez est un exemple de stigmatisation. (12) Subir cette stigmatisation a des conséquences négatives sur la vie des personnes obèses. Cela peut les amener à ressentir de la honte ou de la culpabilité, à développer une image corporelle négative, à avoir une faible estime de soi ou encore, une préoccupation excessive à l’égard de leur poids. (8-7) Cette même stigmatisation peut aussi engendrer un état de détresse et d’anxiété. (9) Elle peut constituer une barrière importante à l’adoption de comportements qui sont bénéfiques pour la santé comme la pratique d’activité physique. (10) Certains auteurs avancent même que la stigmatisation contribuerait à manger davantage et augmenterait en réalité le risque d’obésité. (11) C’est donc dire que certaines de nos attitudes et certains de nos préjugés ou comportements peuvent nuire à la santé physique et psychologique d’une autre personne.


Pour conclure, il est possible de constater que l’obésité est une problématique complexe. Les critiques formulées à l’égard des personnes obèses sont parfois simplistes. Elles jettent le blâme sur leurs habitudes de vie et jugent de leur mode de vie sans considérer les autres facteurs qui peuvent contribuer à l’obésité. Il serait peut-être pertinent en tant que société, de changer notre façon d’aborder la situation. Plutôt que de considérer les personnes obèses comme les uniques responsables de leur condition, peut-être aurions-nous avantage à évaluer le problème dans sa globalité et à réfléchir, afin d’élaborer des solutions pour que nos milieux de vie encouragent les saines habitudes de vie et l’activité physique. Nous devrions également nous questionner sur l’impact de nos préjugés envers les personnes obèses. Nous aurions peut-être finalement, une société plus inclusive et en santé.

Pour approfondir le sujet :

· Contes d’une grossophobie ordinaire par Josiane Blanc : https://www.onf.ca/film/contes-dune-grossophobie-ordinaire/

· Point de vue historique sur l’obésité par Benjamin Brilland & Laurent Turcot : https://youtu.be/zIMugbHku3Q?t=1400



 
Références

(1) Hruby, A., & Hu, F. B. (2015). The Epidemiology of Obesity: A Big Picture. Pharmacoeconomics, 33(7), 673-689.

(2) Puhl, R. M., & Heuer, C. A. (2010). Obesity Stigma: Important Considerations for Public Health. American Journal of Public Health, 100(6), 1019-1028.


(3) Blouin, C., Vandal, N., Barry, A. D., Jen, Y., Hamel, D., Lo, E., & Martel, S. (2015). Les conséquences économiques associées à l’obésité et à l’embonpoint au Québec : les coûts liés à l’hospitalisation et aux consultations médicales. Québec: Gouvernement du Québec. Institut national de la santé publique du Québec.


(4) Raine, K. (2004). Le surpoids et l'obésité au Canada : une perspective de la santé de la population. Centre des études sur la promotion de la santé.


(5) Robinson, E. L., Ball, L. E., & Leveritt, M. D. (2014). Obesity Bias Among Health and Non-Health Students Attending an Australian University and Their Perceived Obesity Education. Journal of Nutrition Education and Behavior, 46(5), 390-395.


(6) Pickett, A. C., & Cunningham, G. B. (2018). Body Weight Stigma in Physical Activity Settings. American Journal of Health Studies, 33(1), 21-29.


(7) Souza, B. J., & Ebbeck, V. (2018). Perspectives on Increasing Positive Attitudes Toward Larger Members in Fitness Centers. Journal of Applied Sport Psychology, 30, 96-118. doi: 10.1080/10413200.2017.1337822


(8) Selensky, J. C., & Carels, R. A. (2021). Weight stigma and media: An examination of the effect of advertising campaignson weight bias, internalized weight bias, self-esteem, body image, and affect. Body image, 36, 95-106.


(9) Alberga, A. S., Pickering, B. J., Hayden, K. A., Ball, G. D. C., Edwards, A., Jelinski, S., ... Russell-Mayhew, S. (2016). Weight bias reductionin health professionals: a systematic review. World Obesity, Clinicalobesity, 6, 175-188.


(10) Pickett, A. C., & Cunningham, G. B. (2017). Physical Activity for Every Body: A Model for Managing Weight Stigma and Creating Body-Inclusive Spaces. QUEST, 69(1), 19-36. doi: 10.1080/00336297.2016.1145129


(11) Himmelstein, M., & Tomiyama, A. J. (2015). It’s Not You, It’s Me: Self-Perceptions, Antifat Attitudes, and Stereotyping of Obese Individuals. Social Psychological and Personality Science, 6(7), 749-757. doi: 10.1177/1948550615


(12) Coalition québécoise sur la problématique du poids. (2021). La grossophobie : une réalité bien présente au Québec. Repéré le 15 novembre, à https://www.cqpp.qc.ca/app/uploads/2021/11/Fiche-Grossophobie.pdf



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